La modélisation systémique
Par pcy, le dimanche 21 mars 2010 à 19:08 | Systémique
Toute activité de planification, puis d’évaluation et d’action nécessite une représentation, même implicite, de la situation initiale, de la situation finale désirée, et de la façon dont les actions envisagées vont transformer la première en la seconde. La représentation de la réponse de la situation aux actions correspond bien à une modélisation, même lorsqu'elle reste informelle, voire totalement implicite.
Or, par définition, l’approche par les effets repose sur les effets et donc sur l'analyse, puis la création et le contrôle, de cascades de changements d'état des entités parties prenantes d'une stratégie, ces cascades résultant d'une modification de l'état de l'une, ou de plusieurs, de ces entités. Les cascades d’effets sont alors maîtrisées dans des boucles de rétroaction (planification, exécution, évaluation). Mais comment y parvenir et, pour commencer, comment maîtriser cette complexité ?
C’est là qu’intervient la systémique, à travers un de ses puissants outils, la modélisation systémique.
En effet, la modélisation systémique vise à expliciter les points de vue de l'observateur (le modélisateur) qui la met en œuvre et à proposer une des formes de compréhension intelligible du phénomène sans prétendre l'expliquer en totalité. Elle est donc explicitement fondée sur deux hypothèses de base : elle cherche, d’une part, à rendre compte des fonctions et fonctionnements du système ; et, d’autre part, à expliciter les finalités qu'elle attribue au phénomène modélisé, en veillant à les différencier explicitement des finalités de l'observateur.
Cette modélisation est centrée sur les relations (interactions) entre les entités. Chaque relation traduit la dépendance de l'état de l'entité aval à l'état de l'entité amont. La modélisation exprime, par le biais du réseau d’interactions ainsi créé, le rôle de l’entité vis-à-vis du système et, en rétroaction, l’état de dépendance du système vis-à-vis de l’entité. Le réseau des interactions propage, en cascades, les modifications d’état des entités. Ce type de modélisation est dit « systémique ».
La modélisation systémique permet ainsi de modéliser trois plans inconciliables : les aspects descriptifs (comprendre l’environnement de l’entreprise) à travers les interactions physiques et fonctionnelles et l’aspect comportemental (comprendre les changements de comportement des acteurs) à travers des stimulis internes et externes.
La description de systèmes physiques : La modélisation permet de décrire le fonctionnement de systèmes concrets (par exemple des installations industrielles). Les interactions entre éléments (par exemple des équipements) prennent la forme de flux physiques (matière, énergie, etc.) ; les fonctions restent implicites, non décrites.
La description fonctionnelle d’un système : La modélisation permet de décrire les relations entre les fonctions remplies par les entités physiques (fonction production, commerciale, financière, …). Elle ne doit pas être confondue avec une analyse ou une décomposition fonctionnelle qui met en place une structure hiérarchique de fonctions. La modélisation systémique s'attache à décrire les relations entre les fonctions d'un même niveau de décomposition. Les interactions entre les fonctions peuvent être décrites en termes physiques/quantitatifs (flux d'entrée ou de sortie entre les fonctions) ou qualitatifs (rôle de la sortie de la fonction amont pour la fonction aval).
La description immatérielle (le "fait humain", le capital immatériel de l’entreprise) : Dans ce plan, la modélisation ne se fonde plus explicitement sur les fonctions des entités, mais elle s'intéresse à des "caractéristiques" (quantitatives ou qualitatives), des capacités représentant leur "état" ou leur "comportement". L'interaction entre deux entités exprime donc directement l'influence de l'état de l'entité amont sur l’état de l'entité aval. Ce plan est celui du "phénomène humain" : relations personnelles entre acteurs, entreprise et clients, entreprise et fournisseurs, etc. C’est le domaine du comportemental, du social, du psychologique et du noologique (la connaissance). C’est sur ce plan que se joue la « bataille des volontés » (le marketing), mais aussi sur ce plan qu’on peut agir sur le cœur de l’entreprise (l’image de l’entreprise, sa réputation). Mais, c’est aussi le plan du capital immatériel de l’entreprise, réparti dans toutes les fonctions
Le grand intérêt de la modélisation systémique, en vue de la prise de décision dans un contexte d’incertitude et de complexité, est de pouvoir restituer les interactions entre ces différents plans descriptifs (autrement non reliables entre eux) ou de restituer le rôle d'une même entité dans ces différents plans. Ainsi, les cascades d’effets peuvent-elles franchir les différents plans, ce qu’une approche plus classique ne permettrait pas. Par exemple une marque peut avoir une dimension physico-fonctionnelle (le produit) et une dimension plus immatérielle en raison de son histoire et du caractère symbolique qui en résulte (l’image). Attaquer l’une, c’est, à travers des effets en cascades, pouvoir atteindre l’autre.
Modéliser ces interactions à l’aide d’un modèle systémique, permet à la fois mieux comprendre les liens cachés entre les différents plans pour améliorer la connaissance de l’entreprise dans son environnement global, et imaginer de nouvelles options stratégiques indirectes qui donnent corps à une vision stratégique, à travers la mise en œuvre d’un plan d’actions et de propagations d’effets.

