Comment penser « effets » en planification stratégique ?

Twitter Digg Stumble Delicious Technorati Facebook

Le raisonnement de l’approche par les effets nécessite de se doter d’une règle de représentation d’un effet cible, puis d’appliquer une méthode de type « pensée reliante » permettant de concevoir (élaborer, imaginer) des effets élémentaires en les reliant au contexte déclencheur, et enfin de disposer d’un raisonnement complet enchaînant les effets.

 

Un raisonnement complet par les effets nécessite un changement du processus opérationnel de planification : le modélisateur doit passer d’un processus classique en deux strates (Action –> Objectif) à un processus inversé en trois strates (Objectif <– Effet <– Action). Deux distinguos sont à prendre en compte :

  • Le distinguo entre objectif et effet n’est pas toujours évident : un objectif est l’effet de plus haut niveau que le décideur veut atteindre ; c’est donc une condition nécessaire à atteindre alors que les effets sont des étapes identifiées par le planificateur pour aboutir à l’objectif.
  • Le distinguo entre effet et action est plus clair, mais il peut s’avérer délicat au planificateur de prévoir quelle action déclenchera l’effet attendu.

Le raisonnement par les effets est donc une dynamique d’enchaînements (pensée reliante) objectif-effet-action qui nécessite un apprentissage, puis un entrainement régulier.

La conception élémentaire des effets, mise en œuvre par une pensée reliante, procède de deux manières distinctes, soit en descendant soit, au contraire, en remontant le flux des causalités :

  • Etant donné un état cible à atteindre ou à maintenir (la finalité du décideur), le planificateur imagine différentes combinaisons de prémisses pouvant permettre d’y aboutir. Chaque combinaison décrit un contexte initial et est constituée de conditions nécessaires et de contraintes.
  • Etant donné un certain nombre de prémisses (les causes, pré requis, éléments déclencheurs), le planificateur imagine les effets plausibles qui en découlent et par propagations successives permettent de remonter à l’objectif final à atteindre.

La première manière de procéder, en mode descendant, est le mode normal de conception d’une modélisation finalitaire (le planificateur part de l’objectif à atteindre, la finalité, puis « descend » dans les effets à atteindre, du plus stratégique vers le plus bas niveau tactique). La deuxième méthode est plutôt utilisée pour vérifier la pertinence et la solidité du modèle.

Il est évident que plus on augmente la profondeur du raisonnement (plus la chaîne d’effet est longue), plus l’indétermination s’amplifie.

 

La méthode de raisonnement en trois strates est un élément différenciant par rapport aux démarches classiques de planification stratégique.

Dans les démarches classiques, le modélisateur procède à un raccourci dans le processus de modélisation. Les risques sont alors les suivants :

  • Tentation de ne pas procéder à un raisonnement finalitaire, mais d’utiliser les actions comme des causes efficientes, et de partir des actions pour aller vers la solution.
  • Dépendance pénalisante de la solution aux actions : si une ressource nécessaire à l’action est indisponible ou si une action n’est plus envisageable ou inopérante, la solution peut être complètement remise en cause.
  • Imagination bridée : le planificateur peut avoir tendance à se restreindre au « catalogue » des actions (connues, apprises dans les manuels, déjà expérimentées) ; si une action n’existe pas, il ne l’inventera pas, et l’objectif restera inatteignable.
  • Dérive managériale de l’évaluation du succès : l’équipe d’évaluation mesure l’accomplissement du plan stratégique en fonction de l’achèvement des actions (mesure de la performance a posteriori), voire de la consommation de ressources (pourcentage du budget dépensé, nombre d’hommes/jours consommé) et non en fonction des effets souhaités (mesure de l’efficacité). Le syndrome du « nez sur le guidon » n’est pas loin et les marges de manœuvre du décideur se restreignent.

A contrario, le raisonnement par les effets fournit une solution complète constituée de couples Trame d’effets - Mode d’action. Le raisonnement finalitaire, obligatoire, est facilité, car il est inhérent à la démarche et la règle de représentation guide le modélisateur tout au long du processus. La solution est plus robuste, que ce soit vis-à-vis des actions ou des ressources. Pour atteindre un effet, il sera toujours possible de modifier des actions (le plan est plus facilement adaptable). Ce qui, finalement, stimule l’imagination : si un effet cible est intéressant, mais qu’aucune action (ou combinaison d’actions) du catalogue n’y mène, le planificateur devra inventer une action, qu’il pourra ajouter au catalogue en n’oubliant pas de renseigner le contexte initiateur.

 

 

Commentaires

Par Voyage New York le mardi 29 juin 2010 à 11:45

Merci pour cet article !

Fil des commentaires de cet article

Ecrire un commentaire




Quelle est la dernière lettre du mot rbkj ? :