Forces et faiblesses de la modélisation systémique

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En tant que support de recherche d’options dans les travaux de planification stratégique, la modélisation systémique favorise l’exhaustivité, la créativité et la traçabilité du raisonnement. Mais l’émergence de l’idée directrice du plan, élément fédérateur essentiel d’un mode d’action, reste difficile.

Le modèle systémique est un support pour l'identification des acteurs, de leurs capacités et de leur rôle dans l’évolution souhaitée de la situation. Il permet d’identifier les acteurs prépondérants, d’isoler leurs capacités majeures et les moyens de les influencer pour modifier la situation. Le modèle a pour finalité d’aider à identifier les effets efficaces et les actions performantes, puis à les regrouper en trames d’effets et modes d’action cohérents avec la vision du décideur.

La modélisation systémique, en support des travaux de planification stratégique et comme outil d’aide à la décision, présente ainsi plusieurs qualités :

Exhaustivité : Le modèle, puisqu'il oblige à recenser l’ensemble des parties prenantes à l’état courant et à l’évolution de la situation, leurs relations directes ou indirectes, leurs entités constituantes ou affiliées, permet une revue systématique des effets à obtenir et des actions à entreprendre. En cela, il est le garant d'une certaine exhaustivité de l'analyse, et donc de celle de l'élaboration future des trames d’effet et des modes d'action.

Créativité : La créativité découle du systématisme. L’examen sans préjugés des acteurs et de leurs interactions favorise l’émergence d’une panoplie d’effets et d’actions envisageables. La phase de modélisation, en systémique, se doit d’être sans limite pour l’imagination créative du modélisateur. La créativité est aussi le fruit du travail de groupe et de la confrontation des expertises. Le modèle systémique, en offrant une vision partagée incorporant les différents domaines d’expertises, est un support bien adapté à ce travail collectif.

Traçabilité : Le modèle, en tant que support de réflexion, facilite la trace du raisonnement suivi dans la recherche des trames d’effets, puis des modes d'actions. Par exemple, il permet assez naturellement le suivi d'un raisonnement à partir de l'état final recherché sur une entité, la remontée des liens d'influence sur cette entité pour définir les états requis d'entités intermédiaires, des actions à réaliser sur des entités accessibles. Cette traçabilité favorise la transmission à des tiers des analyses et des argumentations, et la capitalisation du savoir.

Cependant, malgré toutes ses qualités, la modélisation systémique présente quelques faiblesses.

Difficulté pour faire émerger l'idée directrice : Une identification systématique des effets et des actions envisageables, même en étant guidée par une approche "finalitaire" (c'est-à-dire partant de l'état final recherché), présente le risque de conduire à un catalogue « à la Prévert », sans aider à l'émergence de l'idée directrice (l'idée de manœuvre) qui doit assurer la cohérence de l'action.  Cette difficulté n’est pas propre à l’approche systémique, la conception de la stratégie d’action restant l’apanage de l’art et de l’expérience du stratège. Un autre obstacle est que l'enchaînement dynamique d'états (ou d'objectifs intermédiaires) et d'actions combinées propres à une idée de manœuvre est difficile à traduire par la représentation systémique, sans un appui par un outil de simulation dynamique.

Indifférenciation : La rançon du systématisme (qualité d’exhaustivité ci-dessus), outre son caractère parfois fastidieux, est le risque de l'indifférenciation. En effet, la revue systématique des entités, par souci de complétude (par exemple pour déceler les effets induits indésirables), peut conduire à la dilution des idées directrices et des priorités, puis à l’éparpillement des actions. Toutefois, les moyens de simulation associés à la description systémique pallient cet écueil, en faisant ressortir les entités et les liens prépondérants dans le comportement du système.

Biais du modélisateur : ce biais, bien connu, est notablement critique lorsque la modélisation traite du "fait humain". En effet, dans ce cas, la modélisation faite des chaînes de causalités comportementales peut être le reflet d’une orientation culturelle ou idéologique dans la définition des facteurs d’influence qui vont considérablement façonner le modèle. Le remède (ou tout au moins l’atténuation du mal) réside bien évidemment dans la réunion de spécialistes des différents champs d’actions (les métiers), d’opérationnels de toutes composantes dans la recherche d’actions de leur compétence. Un autre remède au subjectivisme est la définition de modèles génériques (sorte de modèles « prêts-à-porter ») qui, sans être trop détaillés, cadrent néanmoins les différents aspects d'un phénomène, capitalisent la réunion de compétences pluridisciplinaires et sont enrichis par le retour d’expérience.

Commentaires

Par VANDER ELST ERIC le jeudi 20 mai 2010 à 14:17

Les modèles servent de supports et ne sont pas une fin en soi. Chaque type d'approche possède ses forces et ses faiblesses. En faisant le choix de la systémique on renonce à une série d'outils d'individualisation des relations. Dans les approches de consultance, il est souvent utile d'utiliser la systémique dans un premier temps pour tenter d'appréhender le groupe professionnel dans son environnement. Par la suite le travail consistera à réduire le champ de lecture pour traiter, avec des outils plus adaptés, les améliorations nécessaires.

Par aziza Darghouth le samedi 22 mai 2010 à 17:02

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