Périmètre d’un modèle systémique

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Souvent négligée, la détermination du périmètre du modèle est pourtant une phase importante de la modélisation systémique en vue des travaux de planification stratégique.

La détermination d’un périmètre adéquat est plus aisée pour les modèles physiques ou les modèles fonctionnels que pour les modèles traitant du « fait humain ».

Dans le premier cas, les frontières du modèle composé d’entités physiques sont plus facilement délimitées et les échanges externes sont plus identifiables. Des méthodologies bien établies d'analyse fonctionnelle (dont la première étape est précisément la délimitation du système étudié) aident le modélisateur.

En revanche, les modèles relatifs au « fait humain » sont beaucoup plus délicats à délimiter correctement, car cette délimitation ne peut guère s’appuyer que sur la connaissance implicite (les fondamentaux culturels, historiques, etc …) apportée par les experts et leurs évaluations, principalement qualitatives, des effets possibles  des entités modélisables sur le système.

Par ailleurs, comme pour un périmètre de crise, la plupart des modèles nécessaires à la conduite stratégique de l’entreprise ne disposent pas d’un périmètre définitivement fixé et il peut se modifier selon l’évolution de la situation.

Un périmètre excessif se traduit par une complexité accrue du modèle avec, pour conséquences pratiques, un gaspillage de temps et d’efforts pour le constituer, de plus grandes difficultés pour le comprendre (par exemple, pour le prendre en main en cas de reprise), et une « dilution graphique » des entités et des interactions importantes. Un modèle au périmètre excessif nuira à la qualité du concept d’opération sur lequel il repose, à cause du manque de temps de réflexion lié au temps consacré à la maîtrise du modèle.

Un périmètre insuffisant restreint le champ des effets et des actions considérés et donc la richesse des modes d'action des acteurs. Mais, plus grave, il contient le risque de passer à côté de facteurs susceptibles d'affecter le déroulement du plan d’actions. La pertinence des modes d’action envisagés est alors mal assurée. De plus, si un périmètre trop étroit est utilisé pour l’évaluation et la conduite du plan d’action, l’occurrence de certains événements pourra être considérée comme résultant du hasard, alors qu’ils proviennent d’éléments non pris en compte.

La modélisation systémique restreint les écueils liés au choix du périmètre du modèle par la formalisation explicite du périmètre considéré, la capacité à intégrer des domaines très différents dans une même représentation, et l’aide pour apprécier l’importance d’un élément. En effet, la modélisation systémique oblige à formaliser, voire à structurer, le périmètre considéré et facilite ainsi la réflexion sur la pertinence de ce périmètre. Elle facilite l'extension du champ de recherche du périmètre pertinent parce qu’elle permet la prise en compte de domaines très différents. Enfin, elle incite à une recherche de proche en proche des éléments susceptibles d’influencer un élément donné. Par ailleurs, en étant adossée à une simulation du « comportement » du système, elle permet d’étudier le rôle et l’importance de chaque élément au sein de ce système et ainsi d’ajuster rationnellement le périmètre.

Mais, une fois le périmètre fixé, reste à déterminer la granularité du modèle, c’est-à-dire son degré de précision à l’intérieur du périmètre.

Ce degré de précision, le niveau de détail, dans le périmètre, concerne d’une part, la finesse de décomposition en sous-entités des entités du périmètre et d’autre part, la finesse de caractérisation des entités (le nombre de variables utilisées pour les décrire).

Le modèle bâti sur le « fait humain » apparaît également comme celui posant le plus de difficultés pour la détermination de la granularité. Par exemple, le modélisateur peut être tenté de multiplier les différents aspects caractérisant l'état d'une entité (les "variables" ou "paramètres" descriptifs de son état) ; multiplier les intermédiaires dans la description d'une chaine d'influence ; procéder à un développement sans fin de la chaîne des facteurs causaux d'un état (ce point rejoint la question des limites du périmètre).

Les plans physiques et fonctionnels, quant à eux, bénéficient de la nature concrète du premier et des principes des démarches d'analyse fonctionnelle pour les seconds.

Un détail insuffisant limite les capacités de recherche des modes d'action (par exemple, le fait de décomposer une entité permet de mettre en évidence des actions spécifiques à des sous-entités. Ceci ouvre la voie à des actions plus ciblées, plus économes, aux conséquences mieux maîtrisées), la capacité d'expression et de nuance des effets recherchés, la capacité d'expression des indicateurs d'évaluation des effets obtenus sur le terrain. En outre, un modèle peu détaillé a de fortes chances de paraître trivial : l'effort consacré à la formalisation n'est pas justifié par une plus value du modèle par comparaison à une approche moins formelle, plus intuitive.

Un détail excessif, a contrario, nuit à l'emploi du modèle en tant que vue synoptique conçue pour faciliter la compréhension. Il conduit au micro management, à la confusion des différents niveaux de responsabilité. En outre, un modèle exagérément détaillé devient difficile à maîtriser : l'utilisateur est noyé par les détails, il a du mal à distinguer l'important de l'accessoire. L'effort consacré à la modélisation débouche sur une frustration : l'utilisation du modèle exige beaucoup d'efforts au détriment de la réflexion.

 

L’approche par les effets, en exigeant un effort de modélisation qui doit trouver une plus-value, est sensible à l’écueil de la frustration. Toutefois le caractère « finalitaire » de l’approche permet de procéder par niveaux de finesse successifs, de n'affiner la granularité de la représentation qu'en fonction des besoins des analyses en cours.

 

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