Le mythe du pouvoir solitaire

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Une décision n’est pas une fin en soi. Elle est l’élément central d’un cycle décisionnel. Et, si la prise de décision reste un acte solitaire, la décision est un processus collectif qui se prépare, se prend, est mis en œuvre et enfin s’évalue.

 


Le cycle décisionnel est, par nature, profondément collectif. Une bonne décision est toujours le fruit d’un consensus sur les causes pour ceux qui la préparent, d’un alignement sur la vision pour celui qui la prend, d’une compréhension des objectifs à atteindre pour ceux qui l’exécutent et de la pertinence des mesures d’appréciation pour ceux qui l’évaluent.

 

La direction de l’entreprise prépare la décision sous forme d’options, le dirigeant prend la décision en éliminant les options sauf une, l’opérationnel met en œuvre la décision reçue et l’audit évalue les résultats pour une appréciation de situation qui déclenchera le cycle suivant. Chaque phase est sous la responsabilité de personnes différentes. Cette répartition est vitale pour assurer la meilleure impartialité de la réflexion et de l’action au cours du cycle décisionnel.

La préparation de la décision, qu’on peut appeler phase de planification, requiert de construire et de maintenir deux images représentatives, d’une part celle de la situation actuelle et d’autre part celle de la situation souhaitée, après réussite de l’action déclenchée par la décision. Cette situation souhaitée est dite « état final », non parce qu’après il ne se passera rien, mais parce que l’objectif à atteindre est finalisé. Dans la longue vie de l’entreprise, l’état final n’est souvent qu’un état intermédiaire, matérialisant la fin du cycle décisionnel portant la stratégie en cours et le début du cycle suivant. En fait, cette vision est même un peu simpliste, car, pour peu qu’il y ait rupture, les cycles décisionnels peuvent s’enchevêtrer et leur maîtrise devenir très complexe.

La prise de décision, qui a donc été préparée, repose, in fine, sur le substrat culturel du décideur (comment il perçoit, analyse et apprécie la situation) et sur les influences externes (conscientes et inconscientes) que son entourage exerce sur lui.

Elle requiert que le dirigeant ait conscience de cette double influence pour inscrire correctement sa vision stratégique dans l’image de la situation souhaitée (l’état final). C’est cette adéquation (alignement) qui va éviter les erreurs décisionnelles du décideur et insuffler la motivation nécessaire à l’atteinte de l’objectif.

Ainsi donc, si la décision se prend seul, elle n’a de chance de mener à la réussite que si le dirigeant sait « leader » les équipes dans les trois autres phases, tout en leur laissant la marge d’initiative qui convient. En d’autres termes, si l’exercice du pouvoir décisionnel est solitaire, le reste du cycle est l’affaire des managers. L’intuition du décideur peut toujours s’exercer dans les autres phases du cycle, mais dans le cadre de son leadership d’entraînement, d’accompagnement et de partage.

 

Commentaires

Par Francis Lenne le mardi 09 février 2010 à 14:56

Merci pour ce blog et pour la pertinence des réflexions sur la stratégie d'entreprise. Je tente également, avec une approche similaire (globale, systémique et par les effets) et sous une forme pratique et ludique, d'accompagner les structures moyennes (disons comprenant une dizaine à un millier de collaborateurs) à mettre en place un plan d'actions "stratégique" et les moyens de le piloter durablement. J'utilise comme socle méthodologique un processus décliné du "Diagnostic court autonome" mis au point par l'IFEAS, associé à un outil collaboratif de pilotage et de gestion des idées et des projets.
Les contraintes restent, d'une part, le délai et le coût d'une telle mise en place - il est difficile de mobiliser des cadres de direction au-delà de trois demi-journées -, et d'autre part l'appropriation culturelle de l'approche stratégique, encore trop peu considérée comme utile en France par les PME, et rarement bien communiquée à tous les collaborateurs et selon les besoins dans les grandes structures.

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